Vous êtes décidé à faire construire votre future maison mais vous avez entendu parler de maison passive et vous vous demandez si cela est possible dans le département du calvados ?

Avant de vous répondre, nous vous proposons de faire un rappel de la réglementation thermique en vigueur, la RT 2012, dans la construction de maison individuelle.

Rappel sur la réglementation thermique actuelle

La RT 2012 est appliquée aux constructions neuves, depuis le 28 octobre 2011.

Afin d’être conforme à la RT 2012, une maison doit respecter 3 exigences globales :

1/ Exigence d’efficacité énergétique minimale du bâti (BBiomax)

Ce coefficient Bbio correspond au Besoin bioclimatique. Il est calculé par la soustraction de l’apport gratuit de chaleur comme la chaleur humaine, la chaleur du soleil, la chaleur dégagée par les équipements en marche, aux pertes enregistrées (pertes naturelles par fuite énergétique et besoins des usagers). Il est exprimé en points et caractérise la sobriété énergétique minimale de la maison.
Il impose donc une limitation du besoin en énergie pour les composantes liées à la conception du bâti, par son optimisation indépendamment des systèmes énergétiques mis en œuvre.
Cette optimisation est obtenue par une isolation optimisée et par une conception bioclimatique.

2/ Exigence de consommation maximale Cepmax

L’exigence de consommation maximale Cepmax (ou Coefficient d’Energie Primaire Maximum) définit la consommation maximale à ne pas dépasser dans une maison au cours d’une année.
5 usages sont pris en compte pour son calcul :
– le chauffage
– la production d’eau chaude sanitaire
– les éventuels systèmes de climatisation
– l’éclairage du bâtiment
– les systèmes auxiliaires.

La RT 2012 oblige les constructeurs, maître d’œuvre et architectes à réaliser des habitations neuves ne consommant au maximum que 50 kWhep/m2/an (3 fois moins que celles réalisées en RT2005…).

Mais qu’est-ce que le kWhep ???

Contrairement au kWh électrique qui nous est facturé par notre fournisseur d’énergie électrique, le kWhep tient compte de l’énergie nécessaire à la production et au transport de l’électricité. Lorsque que vous consommez 1 kWh chez vous, il a fallu en produire entre 2 et 3 fois plus selon les régions, l’altitude et le mode de production. Le coefficient retenu par convention est de 2,58 kWhep pour 1kWh.

Ainsi, les maisons RT2012, ne doivent donc consommer que 50kWhep par m² et par an, soit une consommation de 19 kWh/m²/an d’électricité facturée.
Cette valeur de 50kWhep change notamment en fonction de la région de construction et l’altitude à laquelle l’habitation se situe.
Le département du Calvados est par exemple en zone H1A. Le CEPMax est fixé à 60 kWhep/m²/an soit 25 kWh/m²/an.

RT-2012
carte rt

Ainsi, le coefficient Cep correspond à la consommation du bâtiment en énergie primaire sur l’année dans des conditions optimales d’utilisation (c’est-à-dire température intérieure d’hiver à 19°C, extinction des appareils électriques inutilisés, etc.), déduction faite de l’électricité produite à demeure (à hauteur d’un maximum de 12 kWhep/(m².an)).

3/ Exigence de confort d’été Ticref

Le coefficient Ticref définit une valeur maximale (reférence) de 26°C de la Température intérieure conventionnelle (Tic). Il est considéré que les bâtiments RT 2012 peuvent en général se passer de systèmes de climatisation afin de maintenir la Tic de la maison inférieure à cette Ticref.

La RT 2012 impose aussi d’autres contraintes aux constructeurs :
– la perméabilité à l’air des habitations neuves est limitée et contrôlée par mesure en fin de travaux. Cela vérifie l’étanchéité de la maison. Le test équivaut à un vent de 100km/h soufflant sur la maison et consiste à mettre la maison en dépression et à en mesurer les fuites au moyen d’une porte BlowerDoor équipée d’un ventilateur piloté par ordinateur et réalisant les mesures. Les bouches d’aération sont fermées ainsi que toutes les autres aérations prévues (portes, fenêtres, etc.).

blowerdoor

– Ensuite, et c’est tendance de toute façon, la surface de baies vitrées doit être au minimum d’1/6ème de la surface habitable
– Enfin une maison individuelle doit recourir à une source d’énergie renouvelable ou une solution alternative relativement écologique.

Bientôt une RE2020 pour remplacer la RT2012 !

La Réglementation Thermique 2012 sera remplacée dès le 1er janvier 2021 par la Réglementation environnementale 2020 !
Si la date d’entrée en vigueur est connue et officielle, il n’en est pas de même pour la définition des critères ou objectifs de résultats que devront respecter les constructeurs.
Il semble que la RE2020 renforcera les critères de la RT2012 et obligera les maisons neuves à consommer encore moins d’énergie afin de tendre vers la maison passive ou maison positive.

diagramme rt

L’isolation thermique des maisons devra être encore améliorée par l’utilisation de matériaux plus performants et capables d’accumuler de la chaleur. Pour aider à optimiser les consommations et la production d’énergie renouvelable, la domotique permettra de contrôler avec précision les équipements de chauffage et gérera de manière intelligente les habitudes des occupants pour anticiper leurs besoins et mieux réguler la consommation d’énergie. Les lampes à led seront par exemple peut-être systématiques.

Les énergies renouvelables occuperont une place déterminante dans les constructions neuves. Les solutions hybrides seront privilégiées, par exemple avec à l’installation de panneaux solaires thermiques ou photovoltaïques en complément d’autres modes de chauffage performants. L’énergie produite sera recyclée pour d’autres usages. Qu’il soit au bois, géothermique, thermodynamique, par panneaux solaires, tous les chauffages seront recyclables.

De plus, en remplaçant le terme Thermique par Environnementale, la RE 2020 introduit une novation majeure : les émissions de gaz à effet de serre seront prises en compte par un nouveau calcul de l’empreinte carbone de la maison, et ce, dès sa construction. Le choix des matériaux et leur recyclage durant toute la construction et la vie de la maison (extension, rénovation, destruction) sera décisif pour respecter la limite de carbone à ne pas dépasser. Les produits éco-conçus fabriqués localement ou à proximité seront donc privilégiés.

Autre évolution, la RE 2020 prendra en compte la qualité de l’air intérieur et l’isolation phonique de la maison.
De même, le carnet numérique de la maison fera obligatoirement son apparition (cela a déjà commencé chez certain constructeur) et suivra la maison tout au long de son existence afin de suivre son impact sur l’environnement et garantir un bon entretien pour assurer le confort de vie et les exigences sanitaires tout au long de son utilisation.
La maison de demain tendra donc vers plus d’écologie ou ne sera pas !

La RE 2020 poussant encore la conception et la construction vers plus d’efficacité écologique et de performance thermiques, pourquoi alors ne pas envisager d’anticiper les évolutions de réglementation thermique et faire construire une maison passive.

La Maison Passive, au-delà de la RE 2020

Avant tout, il faut rappeler qu’il n’existe pas de norme caractérisant une maison passive. Un label existe en provenance d’Allemagne, la Passiv Haus©. Néanmoins, une définition est possible.
Une Maison Passive est une habitation à très faible consommation d’énergie et donc à très haute performance énergétique, si performante qu’il est possible d’y vivre en situation de confort avec très peu de chauffage en hiver et sans climatisation en été.

Une maison passive répond au fort besoin de performance thermique du bâti par une conception prenant en amont l’étude thermique bioclimatique (optimisation des apports solaires), une isolation renforcée, la suppression de tous les ponts thermiques, des surfaces vitrées source de chaleur remplaçant les radiateurs, une ventilation avec récupération de chaleur, une parfaite étanchéité à l’air, et l’utilisation d’appareils peu gourmands en énergie.

La conception bioclimatique nécessite un réel travail de conception en amont du projet qui peut facilement durer plusieurs mois, car il va falloir orienter la maison pour recevoir le maximum d’apports solaires en hiver et s’en protéger en été. L’environnement actuel et futur de la maison sur le terrain doit être pris en compte pour éviter tout masque de la maison par une construction ou la pousse d’un arbre haut. Les larges baies-vitrées de la maison seront placées au sud pour un meilleur confort l’hiver. Mais pour éviter la surchauffe l’été et assurer le confort sans climatisation, des casquettes solaires ou bien des BSO (Brise Solaire orientable) seront installées.

La maison passive dispose d’une isolation thermique renforcée. Le besoin de chauffage doit être inférieur à 15 kWh/m²/an (50 pour une RT 2012 !). L’isolation renforcée permettra de réduire efficacement les déperditions thermiques de la maison. D’une manière globale, on vise généralement un R de 10 pour le sol, les murs et la toiture.
Mais renforcer l’isolation ne sert pas à grand-chose si la suppression des ponts thermiques n’est pas réalisée. La continuité de l’isolation doit être garantie sans rupture aux jonctions entre les différents éléments constituant le bâti. Généralement, le constructeur d’une maison passive optera pour un ITE (Isolation Thermique par l’Extérieur), qui facilite le traitement des ponts thermiques et optimise l’inertie thermique en profitant des caractéristiques des blocs d’agglomérés béton. L’inertie se traduira par la restitution l’été, du frais capté par les murs durant la nuit, et la restitution l’hivers, du chaud capté par les murs durant la journée. Les températures seront ainsi mieux régulées voire quasi-constante toute l’année.

Pour que les surfaces vitrées source de chaleur puissent remplacer les radiateurs, les menuiseries doivent être très performantes thermiquement. Souvent, les menuiseries en triple vitrage sont utilisées. Attention, il existe des menuiseries triple vitrage moins performantes thermiquement que de très bonnes menuiseries double vitrage et vice-versa.

Dans une maison passive, la VMC double flux, ou ventilation avec récupération de chaleur prend tout son sens. Une maison passive, comme une maison RT2012 ou RE2020, doit être ventilée de manière efficace et confortable. Dans une maison RT 2012, l’air vicié des pièces est extrait par les bouches de la VMC et remplacé par une quantité équivalente d’air neuf venant de l’extérieur au moyen des grilles de ventilation positionnées sur les menuiseries des pièces principales. Dans une maison passive équipée d’une VMC double flux, il n’y a plus d’arrivées d’air sur les menuiseries. L’air neuf arrive par un second réseau de bouches d’entrée d’air, positionnées à l’intérieur de la maison. L’air apporté peut même être filtré des allergènes, poussières et autres pollens. Il est préchauffé l’hiver par une résistance électrique avant d’être insufflé, car les besoins en chauffage sont très faibles (isolation et étanchéité). De plus, les calories de l’air extrait sont récupérées grâce à un échangeur thermique.

Pour obtenir une parfaite étanchéité à l’air, la mise en œuvre, donc le sérieux et la qualité du travail des artisans intervenants et une parfaite coordination du constructeur est déterminante. Aucune infiltration d’air parasite tant au niveau des fenêtres que des jonctions de matériaux n’est tolérée.
En effet, le résultat au test de perméabilité à l’air doit être inférieur à 0,15 m3/h/m² contre 0,6 pour une maison RT 2012 !! Dans le Calvados, seule une petite poignée de constructeur ont réussi à réaliser une telle construction.

Enfin, pour que la maison soit écologique et passive, l’utilisation d’appareils peu gourmands en énergie est requise. L’utilisation d’une énergie renouvelable gratuite et non polluante doit être privilégiée. Le photovoltaïque, la récupération d’énergie de la VMC double flux ou de chaleur des douches, les puits canadiens ajoutés à la chaleur naturelle produite par les occupants sont pratiquement suffisants pour assurer le confort dans la maison. Un poêle pourra être envisagé également.
La production d’eau chaude sanitaire est généralement assurée par un panneau solaire ou un chauffe-eau thermodynamique (une pompe à chaleur placée à l’intérieur de habitation).
Les appareils électroménagers devront être très performant pour consommer peu d’électricité et lorsqu’il nécessite un change avec l’extérieur, être étanche (hotte de cuisine par exemple). L’éclairage LED avec temporisateur ou détecteur sera également privilégié.

Une fois bien cernée cette notion de maison passive, une question arrive rapidement dans votre esprit : quel est le coût d’une maison passive ?
Construire une maison passive coûte entre 10 et 25 % plus cher qu’une maison RT2012 mais coûtera sans doute un peu moins cher en comparaison avec une maison RE2020.
L’isolation renforcée, les menuiseries et matériaux spécifiques, les équipements adaptés à la récupération de chaleur, et surtout le besoin impératif d’une parfaite mise en œuvre par des artisans sérieux et bien coordonnés expliquent son coût supérieur.

Mais son mode de construction et ses équipements permettent de réduire très nettement la consommation d’énergie et donc les dépenses liées, surtout avec les évolutions croissantes des tarifs des énergies. Il en résulte que le coût initial, bien que supérieur, s’avère plus économique au fil des années.
Par ailleurs, une maison passive est en avance sur les réglementations thermiques et la valeur patrimoniale de revente sera par conséquent largement valorisée. Même si la réglementation venait à imposer les maisons à énergie positive (qi produit plus d’énergie qu’elle n’en consomme), la maison passive constitue une base parfaite pour une maison à énergie positive. Les besoins en énergie sont tellement faibles qu’il suffit de quelques panneaux solaires photovoltaïques pour obtenir une production d’électricité supérieure à la consommation.

Bref, la maison passive a de l’avance et est réellement la maison de demain.